LA SOPHROLOGIE LUDIQUE : PASSER PAR L’EXPÉRIENCE PLUTÔT QUE PAR DE LONGUES EXPLICATIONS
« Je voudrais qu’il arrête de se mettre en colère. »
C’est une demande que les parents peuvent formuler lorsqu’ils viennent consulter avec leur enfant.
« Dès qu’on lui dit non, il se met en colère. »
« Il se met dans des états impossibles pour presque rien. »
« Comment faire pour qu’il contrôle sa colère ? »
« Il se met dans des états impossibles pour presque rien. »
« Comment faire pour qu’il contrôle sa colère ? »
Derrière ces mots, il y a souvent de la fatigue, de l’inquiétude, parfois le sentiment d’avoir déjà beaucoup expliqué, répété, tenté.
Et pourtant, l’enfant sait parfois très bien ce qu’il devrait faire.
Lorsqu’il est calme, il peut expliquer qu’il ne faut pas taper, pousser, crier ou insulter. Il peut connaître les règles et comprendre ce que les adultes attendent de lui.
Mais au moment où la colère arrive, savoir ne suffit pas toujours.
C’est précisément là que la sophrologie ludique peut devenir intéressante : non pas seulement expliquer autrement à l’enfant ce qu’il devrait faire, mais lui permettre de vivre une expérience à partir de laquelle il pourra progressivement découvrir ses propres possibilités.
COMPRENDRE NE SUFFIT PAS TOUJOURS
Lorsqu’une émotion devient très présente, l’enfant ne dispose pas nécessairement, à cet instant précis, des mêmes possibilités que lorsqu’il en parle tranquillement quelques minutes ou quelques heures plus tard.
Quelque chose se passe aussi dans son corps.
Les manifestations sont propres à chaque enfant : le souffle peut changer, certaines parties du corps peuvent se tendre, l’envie de bouger peut devenir très forte, la voix peut monter, une sensation particulière peut apparaître.
Il n’est pas nécessaire de décider à sa place ce qu’il ressent.
On peut l’aider à le découvrir.
C’est l’un des intérêts de la sophrologie avec l’enfant : revenir à l’expérience vécue, au corps, au mouvement, aux sensations, plutôt que de rester uniquement dans l’explication.
LA SOPHROLOGIE LUDIQUE : LE JEU COMME MÉDIATEUR
La sophrologie ludique n’est pas simplement une sophrologie rendue plus amusante pour les enfants.
Le jeu peut devenir une véritable voie d’accès à l’expérience.
Un mouvement, un personnage, un objet, un dessin, une histoire, une image ou un univers imaginaire peuvent permettre à l’enfant d’approcher autrement quelque chose qu’il aurait parfois beaucoup de difficulté à expliquer avec des mots.
Le jeu n’est alors pas une distraction ajoutée à la séance.
Il devient un médiateur.
La sophrologie ludique ne demande pas à l’enfant de devenir un petit adulte capable d’analyser ses émotions. Elle vient à sa rencontre dans son propre langage : celui du corps, du mouvement, du jeu et de l’imaginaire.
Avec l’enfant, la sophrologie peut permettre de passer de ce qu’il sait à ce qu’il expérimente.
COMMENCER PAR LE CORPS
Avant de demander à un enfant ce qu’il aurait pu faire autrement, il peut être intéressant de l’aider à rencontrer ce qui se passe réellement en lui.
Le corps offre pour cela un point d’appui précieux.
Bouger les mains ou les doigts, mobiliser les épaules, sentir ses pieds et ses jambes, jouer avec le souffle, produire un son, sentir le mouvement de la respiration…
Selon son âge et ce qui lui convient, l’enfant peut entrer dans l’expérience par des chemins très concrets.
Il ne s’agit pas de lui apprendre ce qu’il est censé ressentir.
Il s’agit de lui permettre de devenir progressivement plus attentif à ce qu’il ressent effectivement.
DEUX PETITES VOIX POUR DÉCOUVRIR PLUSIEURS POSSIBILITÉS
Prenons un exemple.
Dans une pratique ludique, un enfant peut être invité à imaginer deux petits personnages.
Il choisit lui-même leur apparence : personnages imaginaires, animaux, héros, créatures, personnages de manga…
L’un peut venir s’installer symboliquement sur une épaule.
Dans une situation de colère, cette première petite voix pourrait dire :
« Tape ! »
« Crie ! »
« Pousse-le ! »
« Pars ! »
« Crie ! »
« Pousse-le ! »
« Pars ! »
Cette voix n’est pas une « mauvaise » voix qu’il faudrait faire disparaître.
Elle dit quelque chose de ce qui est présent à cet instant.
L’enfant peut l’écouter sans être obligé de faire immédiatement ce qu’elle lui dit.
Puis un autre personnage peut apparaître sur l’autre épaule.
Une autre voix.
Elle ne vient pas nécessairement dire ce qui est « bien ».
Elle permet simplement qu’une autre possibilité devienne audible.
Et parfois, ce que l’enfant découvre ne se trouve complètement dans aucune des deux voix.
Il peut entendre l’une.
Il peut entendre l’autre.
Puis revenir à lui-même.
Et toi… qu’est-ce que tu aimerais faire ?
C’est cet espace qui nous intéresse.
Entendre n’est pas obéir.
Ressentir n’est pas agir.
Plusieurs possibilités peuvent exister.
Et l’enfant peut progressivement découvrir celle qu’il choisit de mettre en acte.
ACCUEILLIR LA COLÈRE NE SIGNIFIE PAS ACCEPTER LA VIOLENCE
Reconnaître la colère d’un enfant ne signifie évidemment pas que tout comportement devient acceptable.
Un enfant peut être très en colère et l’adulte peut, dans le même temps, maintenir une limite très claire lorsqu’un comportement risque de blesser quelqu’un ou de le mettre en danger.
Mais cela ne nécessite pas de faire de la colère elle-même un ennemi.
La colère peut avoir quelque chose à nous dire.
Nous n’avons pas besoin de l’éteindre.
Nous pouvons apprendre à l’écouter sans être obligés de faire tout ce qu’elle nous pousse à faire.
Et découvrir qu’en nous, il existe peut-être d’autres possibilités pour répondre à ce dont nous avons besoin.
DE L’IMAGINAIRE À UNE EXPÉRIENCE FUTURE
Le jeu et l’imaginaire peuvent également permettre à l’enfant de se projeter dans une situation future.
Non pour lui faire répéter mentalement le comportement que l’adulte attend de lui, mais pour lui permettre d’expérimenter une autre possibilité.
Une situation accessible peut être imaginée.
L’enfant peut retrouver ses personnages, percevoir ce qui se passe dans son corps, entendre les différentes possibilités qui se présentent et imaginer ce qu’il pourrait choisir de faire.
Peu à peu, quelque chose qui n’existait jusque-là que dans l’explication peut commencer à devenir une expérience.
Le jeu crée ainsi un pont entre la séance et la vie quotidienne.
IL NE S’AGIT PAS DE FABRIQUER UN ENFANT CALME
L’objectif de la sophrologie n’est pas de faire disparaître toutes les émotions inconfortables.
Un enfant vivant peut être joyeux, enthousiaste, inquiet, déçu, frustré, triste ou très en colère.
Je n’aide pas l’enfant à devenir moins vivant.
Je l’aide à disposer de davantage de possibilités avec ce qui est vivant en lui.
C’est une différence essentielle.
L’enjeu n’est pas nécessairement que la colère n’apparaisse plus.
Il peut être que l’enfant devienne progressivement davantage capable de reconnaître ce qui se passe en lui, de percevoir ses propres signaux et de découvrir qu’entre ce qu’il ressent et ce qu’il fait, plusieurs chemins peuvent parfois devenir possibles.
FAIRE CONFIANCE À L’ENFANT NE SIGNIFIE PAS LE LAISSER SEUL
Accompagner de cette manière ne signifie pas supposer que l’enfant possède déjà toutes les réponses.
L’adulte reste présent.
Il propose un cadre, une expérience, des médiateurs, des questions.
Il assure également les limites nécessaires.
Mais il évite autant que possible de décider à l’avance de ce que l’enfant devrait découvrir sur lui-même.
Faire confiance à l’enfant ne signifie pas supposer qu’il connaît déjà la réponse ; c’est lui reconnaître la capacité de la découvrir.
La posture pourrait alors se résumer ainsi :
« Je ne sais pas exactement ce qui se passe en toi. Je peux t’aider à aller le rencontrer. »
QUAND ENVISAGER UN ACCOMPAGNEMENT ?
Lorsque les colères deviennent très fréquentes, qu’elles prennent beaucoup de place dans la vie familiale, que l’enfant semble lui-même dépassé par ce qu’il ressent ou qu’il répète des comportements qu’il aimerait pourtant parvenir à modifier, un accompagnement peut lui offrir un espace différent.
Un espace dans lequel il n’a pas seulement à expliquer ce qui ne va pas.
Un espace dans lequel il peut expérimenter.
MA FAÇON D’ACCOMPAGNER LES ENFANTS
Dans mon travail avec les enfants, je m’appuie sur la sophrologie tout en adaptant les médiateurs à leur âge, à leur manière de s’exprimer et à ce qui se présente au cours de l’accompagnement.
Le corps, le mouvement, le jeu, les objets, le dessin ou l’imaginaire peuvent alors trouver leur place.
Il ne s’agit pas d’éteindre une voix pour en faire gagner une autre.
Il s’agit d’agrandir l’espace intérieur dans lequel l’enfant peut entendre, sentir et choisir.
La sophrologie ludique ne cherche pas seulement à expliquer autrement à l’enfant ce qu’il devrait faire.
Elle lui permet d’en faire l’expérience.
C’est dans cet esprit que j’accompagne les enfants en sophrologie : à partir de leur corps, de leur imaginaire, de leurs mots et de leurs propres ressources.